Cette chronique, le temps que dureront les mesures de restriction des déplacements suite au COVID 19

Jour 1

Dehors, rôde l’horrible virus hérissé d’antennes sensibles qui captent notre présence à plus d’un kilomètre – comme le squale la goutte de sang dans l’immensité de la mer

Jour 2

La fuite est impossible. Les routes sont bloquées. Les gares surveillées. Les avions cloués au sol. Nous fuyons ici, en demeurant chez nous.

 

Jour 3

Coussins, couffins et confitures, ce ne doit pas être aussi terrible que ça, le confinement

 

Jour 4

« C’est un excellent meuble qu’un fauteuil ; il est surtout de la dernière utilité pour tout homme méditatif ». Méditons, donc. Il y a tant de choses que nous aimerions annuler

Jour 5

On annule tout. L’avenir ne veut s’encombrer d’aucun projet : quel soulagement !+

Tout annuler peut-être. Si seulement ce principe était rétroactif ! Table rase pour mieux recommencer. Ou pour s’abstenir de commencer quoi que ce soit.

Jour 6

Bien sûr, inutile de le nier, l’ennui guette. Toujours tapi dans un coin de notre vie, l’ennui, prêt à bondir. 

Jour 7

Au lieu de tirer comme à son habitude des plans sur la comète demandons à notre imagination d’inventer des distractions

Jour 8

Je ne suis pas fier. je m’ausculte avec crainte, inquiet aussi de n’avoir ni gants ni masque : et si j’allais me refiler l’infection en me tâtant si fébrilement ?

Jour 9

Dans la mesure du possible, en ce moment, j’évite tout contact avec moi-même. Il est déjà bien aventureux de seulement respirer.

Jour 10

Nous avons des excuses. l’épidémie progresse. Notre hypocondrie commence à ressembler à de la paranoïa

Jour xx